Une politique à vocation culturelle et éducative scandaleuse

L’inutile et insensé démantèlement de la bibliothèque centrale et régionale de Berlin

Le site Web de la ZLB, Bibliothèque centrale et régionale de Berlin, annonce clairement la couleur : « La Zentral- und Landesbibliothek Berlin (ZLB) est la plus grande librairie publique en Allemagne ». Qui plus est, « La ZLB est l’institution culturelle et éducative la plus populaire de Berlin ».

Cette magnifique bibliothèque est aujourd’hui menacée. Son directeur, Volker Heller, et le comité directeur de la ZLB ambitionnent de démanteler ses différentes possessions. Par ailleurs, le processus ayant motivé une telle décision n’a pas été ouvert au débat ou un examen public : la ZLB pourrait ne plus pouvoir ajouter à son catalogue la majorité des livres, toutes disciplines confondues, qualifiés désormais « d’économie de masse ». À l’inverse, elle devra accepter la sélection proposée par des fournisseurs de services externes, et en premier lieu, ceux de la ekz-bibliotheksservice GmbH sise à Reutlingen.

Cette décision changera radicalement l’orientation de la ZLB :

Les services proposés par la ekz sont limités. Ils prennent la forme d’une sélection standard unitaire supposée répondre aux besoins de toutes les bibliothèques en Allemagne, de la plus petite bibliothèque de village aux plus grandes bibliothèques des métropoles. À Berlin, la presque entière sélection de la ekz est désormais disponible dans les quelque 80 bibliothèques locales et les 12 plus grandes bibliothèques. La ZLB qui occupe une fonction plus diversifiée, proposait jusqu’à qu’à présent cette sélection en mettant à disposition des médias de plus en plus spécifiques.

Ces offres de médias standardisées se traduiront par une sélection d’ouvrages considérablement réduite sur de nombreux domaines, tels que la politique, l’histoire et les sciences sociales. La grande variété de cours de langue proposés en allemand, mais aussi de nombreuses autres langues, la « littérature étrangère » et les ouvrages à vocation plus éducative (notamment pour la médecine et la pédagogie) se verront tous grandement limités.

Dans le même temps, le budget actuel consacré aux acquisitions est censé reposer sur des critères s’inspirant purement et simplement des pratiques du marché, par l’utilisation de modèles d’acquisition liés à des chiffres d’exploitation, dans lesquels chacune des disciplines se verront entrer en concurrence.

Frappées du sceau de la rationalisation, ces compressions qui attaquent la diversité intellectuelle représentent un véritable gâchis de fonds, et de fonds publics, dont l’objectif est justement de maintenir le niveau qualitativement élevé de cette institution unique à vocation tant éducative que culturelle. Une telle mesure affectera en outre durablement les secteurs de l’édition et du livre de la capitale allemande si les commandes par millions se résument à un système d’acquisition centralisé. Et les dommages ressentis ne se limiteront pas uniquement à Berlin.

(1) Nouvelle attaque contre une institution publique au statut particulier ?

La American Memorial Library (AGB) a été fondée selon le modèle de bibliothèque publique adopté aux États-Unis. Dans cette tradition, la ZLB – réunion de la AGB et de la Berliner Stadtbibliothek (Bibliothèque de la ville de Berlin) – est à ce jour un système de bibliothèque général servant toute la diversité de la société. Elle offre une combinaison rare d’ouvrages universitaires et grand public, de livres ordinaires et singuliers, une combinaison tout à fait unique, ici en Allemagne. Avec ses 3,5 millions d’ouvrages, dont 2,5 millions retracent l’activité littéraire des cent dernières années, elle compte parmi les bibliothèques les plus fréquentées d’Allemagne. Elle n’est en aucun cas comparable aux bibliothèques locales du centre de Hambourg et de Brème que Volker Heller a proposé comme modèles. Ces dernières possèdent un stock très limité de livres, constitué uniquement d’ouvrages appartenant à la décennie passée. Ces bibliothèques, ou ces bibliothèques « consuméristes » ne proposent que 100 000 livres ; chaque année, elles se débarrassent d’autant de livres qu’elles acquièrent. Elles ne disposent en outre d’aucune procédure d’archivage. Est-ce vraiment ce que nous voulons pour la ZLB ? Seuls les collections particulières et les domaines de spécialisation devraient être protégés, ce qui préfigure, au contraire, la mise à mort de cette véritable diversité propre à cette bibliothèque générale au statut unique, à la faveur d’une séparation entre la haute culture et la culture de masse.

Une chose apparaît ici comme claire : la restructuration de la ZLB réduira à néant ses qualités publiques, égalitaires, facilement accessibles, diversifiées. Le nouveau concept réduira la grande variété des utilisateurs de la ZLB à des « consommateurs de masse » que l’offre de best-sellers et d’ouvrages actuels (principalement en langue allemande) devrait tout simplement contenter. Prendre une telle mesure à un moment où Berlin est en passe d’acquérir son statut de métropole internationale manque singulièrement de perspicacité et s’avère contre-productif.

(2) Vraiment sans motif valable ?

La question qui reste ouverte est de savoir comment tout cela a pu arriver. Sur le plan politique, aucune réduction de budget n’a été annoncée pour la ZLB. Son bilan était en fait positif à la fin 2014. La restructuration envisage vraisemblablement de libérer quelques heures de travail pour les libraires en vue de réaliser des tâches importantes à venir touchant, par exemple, aux médias numériques. Mais il n’existe aucun plan concret qui s’oriente dans cette direction, et aucune alternative n’a encore été prise en considération. Il est en outre tout à fait légitime de se demander si la conversion de libraires hautement spécialisés en fournisseurs de services d’informations techniques est bien pertinente dans une bibliothèque moderne.

Et pourtant, lors d’une séance du parlement de la ville de Berlin en mars 2015, le Secrétaire d’état à la Culture, Tim Renner, a tenté de discréditer les acteurs critiquant la restructuration, en les qualifiant de rétrogrades et en déclarant que leurs critiques n’étaient motivées que par la « peur primitive de la digitalisation ». Nous, les représentants de la culture numérique, nous demandons à quel avenir la ZLB de demain est-elle vraiment promise ? Il est évident que les plans actuels visent à pousser une bibliothèque qui fonctionne déjà bien sur les rails d’un « service ultra performant », en la privant de la substance même de ses possessions.

(3) Nos exigences

Nous sommes des producteurs culturels, des écrivains, des étudiants, des réalisateurs de films, des retraités, des commissaires d’exposition, des universitaires, des parents, des artistes, des voisins, des journalistes, des vendeurs de livres, des professionnels du théâtre, des intellectuels, des dévoreurs de livres, nous sommes les utilisateurs de la ZLB, et nous nous inquiétons de la baisse de qualité dramatique d’une institution berlinoise qui, à nos yeux, représente une ressource et une base de travail uniques.

Nous demandons au Bourgmestre de Berlin et Sénateur pour la Culture, Michael Müller de garantir que tous les plans relatifs à la bibliothèque seront rendus publics, instantanément et sans faux-fuyants. À la suite des protestes initiales, il semblerait que quelques changements mineurs aient été apportés aux chiffres concrets, sans que cela n’ait pour autant modifié le concept de base consistant à niveler vers le bas les possessions de la ZLB. Qu’il s’agisse du personnel de la ZLB ou du public berlinois, nous sommes en droit d’être informés et de participer aux décisions à venir. Nous ne pouvons laisser l’institution culturelle la plus populaire de Berlin être démantelée à huis clos !

En notre qualité d’utilisateurs de la ZLB et de producteurs culturels de Berlin, nous demandons la fin de cette « restructuration » insensée et sans but, historique et antidémocratique, étroite d’esprit, qui se réduirait à rétrograder une des institutions à vocation éducative et culturelle les plus importantes d’Allemagne en un avant-poste stérile au service de best-sellers.

Les plans envisagés pour l’avenir doivent prendre une orientation différente !

 

  • Madeleine Bernstorff, Kulturproduzentin, Berlin
  • Sebastian Bodirsky, Video-Editor, Berlin
  • Nanna Heidenreich, Wissenschaftliche Mitarbeiterin im Fach Medienwissenschaften, HBK Braunschweig, Ko-Kuratorin Forum Expanded/Berlinale
  • Max Linz, Autor und Regisseur, Berlin
  • Bini Adamzcak, Autorin, Berlin
  • AK Berliner Stadtteilbibliotheken
  • AK Kritische Bibliothek
  • Dr.in Karin Aleksander, AG Gender und Diversity in Bibliotheken / Genderbibliothek – Information – Dokumentation, Zentrum für transdisziplinäre Geschlechterstudien (ZtG), Berlin
  • Ingo Arend, Kunstkritiker und Essayist, Deutschlandradio Kultur, taz, Kunstforum International. Mitglied des Präsidiums der neuen Gesellschaft bildende Kunst (nGbK) Berlin
  • Artefakte (Brigitta Kuster, Regina Sarreiter, Dierk Schmidt), KünstlerInnengruppe, Berlin
  • Sonja Augart, Choreographin, Dramaturgin und Dozentin
  • Imran Ayata, Autor
  • b_books, Buchhandlung und Verlag, Berlin
  • Michael Baute, Autor, Berlin
  • Prof. Ulrike Bergermann, Professorin für Medienwissenschaft an der HBK Braunschweig
  • Dr. Zülfukar Çetin, Mercator-IPC, Fellow an der SWP, Alice Salomon Hochschule und Vorstandsmitglied im Türkischen Bund Berlin Brandenburg
  • cinéma copains, Filmemacher, Berlin
  • Marco Clausen, Mitgründer Prinzessinnengarten und Nachbarschaftsakademie, Berlin
  • Vaginal Davis, Performance-, Bildende- und Videokünstlerin, Filmkuratorin, Musik-Ikone und Bandleaderin, Berlin
  • Janine Eisenächer, Vorstand Flutgraben e.V., Berlin
  • Tatjana Fell, Künstlerin/Kuratorin, arttransponder
  • Jesko Fezer, Professor für Experimentelles Design, HFBK Hamburg, Mitbegründer der Buchhandlung Pro qm Berlin
  • Maja Figge, UDK Berlin, Kultur- und Medienwissenschaftlerin
  • Christian Geißler, Lehrer, Berlin
  • Veronika Gerhard, Künstlerin, Berlin
  • Fiona Geuß, Fotini Lazaridou-Hatzigoga, Caleb Waldorf, A Public Library, Berlin
  • Annett Gröschner, She She Pop, Performance Kollektiv, Berlin
  • Ulrike Hamann, Kotti & Co, Mietergemeinschaft am Kottbusser Tor
  • Lydia Hamann, Künstlerin, Berlin
  • Prof. Birgit Hein, Filmemacherin, Filmwissenschaftlerin, Mitglied der Akademie der Künste Berlin und Stellvertretende Direktorin der Sektion Bildende Kunst
  • Daniel Hendrickson, Übersetzer, Autor, Musiker, Mitglied der Künstlergruppe CHEAP
  • Christoph Hochhäusler, Autor, Regisseur, Herausgeber der Filmzeitschrift „Revolver”
  • Dominique Hurth, Bildende Künstlerin & Professorin
  • Kerstin Karge, Kuratorin, Kulturmanagerin, Haben und Brauchen, Berlin
  • Bettina Knaup, Freie Kuratorin, Berlin
  • Kotti & Co, Mietergemeinschaft am Kottbusser Tor Berlin
  • Katinka Krause, Antiquariat ‚Die Biographische Bibliothek‘, Berlin
  • Jan Künemund, Redaktion SISSY, Salzgeber & Co. Medien GmbH
  • Prof. Dr. Christian Lammert, Professor für die Politik Nordamerikas am John-F.-Kennedy-Institut der FU Berlin
  • Pia Lanzinger, Künstlerin, Berlin
  • Heimo Lattner, Künstler, Berlin
  • Dirk Laucke, Dramatiker, Berlin
  • Julia Lazarus, Bildende Künstlerin, Berlin
  • Prof. Dr. Ethel Matala de Mazza, Humboldt-Universität zu Berlin, Institut für deutsche Literatur
  • Thomas Meinecke, Autor und Plattenaufleger
  • Prof. Angela Melitopoulos, Künstlerin, Berlin
  • Karolin Meunier, Künstlerin, Berlin
  • Prof. Sylke Rene Meyer, Professorin für Drehbuch und Dramaturgie an der Internationalen Filmschule Köln (ifs)
  • Dr. Anja Michaelsen, Ruhr Univ. Bochum, Medienwissenschaftlerin
  • Elke aus dem Moore, Leiterin der Kunstabteilung des ifa – Institut für Auslandsbeziehungen, Stuttgart / Berlin
  • Prof. Dr. Maria Muhle, Professorin für Philosophie | Ästhetik, Akademie der bildenden Künste München und Mitbegründerin des August Verlags Berlin
  • Eckart Müller, ZLB-Nutzer / Initiator der Petition https://www.openpetition.de/petition/online/buechervernichten-in-berlin-bibliotheken-werden-kaputt-rationalisiert
  • Wolfgang Müller, Autor, Künstler, Musiker, Berlin
  • Keren Ida Nathan, Artist
  • Prof. Dr. Rolf F. Nohr, Medienästhetik / Medienkultur, HBK Braunschweig / Institut f. Medienforschung (IMF)
  • Dr. An Paenhuysen, freiberufliche Kuratorin / Kunstkritikerin
  • Jelka Plate, Künstlerin
  • Pro qm (Katja Reichard), thematische Buchhandlung, Berlin
  • Prof. Anne Quirynen, Künstlerin und Professorin, Europäische Medienwissenschaft, Fachhochschule Potsdam
  • Dr. Nils Riecken, Post-Doctoral Research Fellow, Zentrum Moderner Orient, Berlin
  • Monika Rinck, Autorin, Mitglied in der Deutschen Akademie für Sprache und Dichtung und der Akademie der Künste Berlin
  • Dr. Thomas Ripper, Bibliotheksleiter Zentrum Moderner Orient, Berlin
  • Dr. phil. habil. Friedrich Rothe, Schriftsteller / Galerist
  • Natascha Sadr Haghighian, Künstlerin
  • Astrid Schmidt, (Kulturwissenschaftlerin), Referentin ver.di Bundesverwaltung, Berlin
  • Prof. Dr. Dr. h.c. Stefanie v. Schnurbein, Professorin für Neuere skandinavische Literaturen, Direktorin Nordeuropa-Institut, Humboldt-Universität zu Berlin
  • Prof. Dr. Gerhard Schumm
  • Peter Schwarz, Walter Grömling, Ute Volz, für Antiquariat BÜCHERHALLE Berlin
  • Dr. Florian Sedlmeier, Juniorprofessor, Abteilung Literatur, John-F.-Kennedy-Institut fuer Nordamerikastudien, Freie Universitaet Berlin
  • Prof. Dr. Judith Siegmund, Juniorprofessorin für Theorie der Gestaltung/Ästhetische Theorie und Gendertheorie, Universität der Künste Berlin und Bildende Künstlerin
  • Heidi Sill, Bildende Künstlerin, Berlin
  • Loreto Solis, Übersetzerin und Journalistin, Nutzerin der ZLB
  • Prof. Kerstin Stakemeier, Juniorprofessorin für Medientheorie, Akademie der Bildenden Künste München
  • Kerstin Stoll, Künstlerin
  • Prof. Dr. Joseph Vogl, Professor für Neuere deutsche Literatur, Literatur- und Kulturwissenschaft/Medien, Institut fuer deutsche Literatur, Humboldt-Universitaet zu Berlin
  • Vorstand und Beirat des Verbands der deutschen Filmkritik (VdFk e.V.), Berlin
  • Dorothee Wenner, Filmemacherin, Berlin
  • Axel Wieder, Leiter der Index – The Swedish Contemporary Art Foundation und Mitbegründer Pro qm, Berlin
  • Florian Wüst, Künstler, Filmkurator, Haben und Brauchen, Berlin
  • Jessica Zeller, Geschäftsführerin von Edkimo, die Feedback-App für den Unterricht, Berlin
  • Juliane Zelwies, Künstlerin, Berlin
  • Prof. Florian Zeyfang, Filmemacher & Professor an der Umeå Akademy of Fine Arts, Schweden / Künstler, Berlin
  • Inga Zimprich, Künstlerin, Flutgraben e.V., Berlin